Personne ne vous dit, avant le départ, qu’Israël pourrait être l’une des destinations gastronomiques les plus intéressantes au monde. La conversation sur le pays est dominée par d’autres sujets. Puis vous atterrissez à Tel Aviv, trouvez un étale de marché tenu par une femme dont la grand-mère préparait le même plat à Casablanca en 1950, et le tableau change.
Voici l’histoire du patrimoine gastronomique — ce qui rend la cuisine israélienne extraordinaire, quelles traditions diasporiques l’ont construite, où goûter ces traditions aujourd’hui, et comment planifier un voyage autour de la culture culinaire plutôt qu’en marge de celle-ci.
La thèse des 70 diasporas
Israël moderne a été construit par des immigrants venus de plus de 70 pays. Ils sont arrivés en vagues : avant la création de l’État (communautés yéménites et ashkénazes au XIXe siècle), pendant et après la Shoah (survivants européens, majoritairement ashkénazes), puis en immigration massive depuis les pays arabes après 1948 — Irak, Maroc, Yémen, Tunisie, Libye, Égypte, Iran et d’autres — alors que des communautés juives étaient expulsées ou fuyaient les nationalismes montants. L’Union soviétique a ajouté une autre vague considérable dans les années 1990.
Chaque vague a apporté sa cuisine. Ces traditions coexistent maintenant dans les mêmes marchés, les mêmes quartiers, et souvent dans la même cuisine de restaurant — non pas comme un geste folklorique, mais comme une culture culinaire vivante qui continue d’évoluer.
Les grandes traditions qui ont façonné la cuisine israélienne
La cuisine yéménite
Les Juifs yéménites ont apporté certaines des techniques culinaires les plus distinctives de la cuisine israélienne. Le jachnun — une pâtisserie feuilletée cuite à feu très lent pendant une nuit entière, traditionnellement servie le matin du shabbat — est devenu un classique israélien bien au-delà de la communauté yéménite. Le malawach (pain feuilleté à la poêle) et le lahoh (crêpe spongieuse levée) sont également passés dans la cuisine israélienne grand public. La sauce zhug — verte ou rouge, à base de coriandre, piment, ail et cumin — est l’accompagnement chaud de référence dans tout Israël.
Où goûter : Quartier yéménite (Kerem HaTeimanim) à Tel Aviv, notamment le samedi matin pour le jachnun.
La cuisine marocaine et maghrébine
Les Juifs d’Afrique du Nord — Maroc, Tunisie, Algérie — ont apporté les mélanges d’épices qui définissent une grande partie de la cuisine festive israélienne. La chermoula (marinade aux herbes), les citrons confits, le ras el hanout et les tajines à la viande mijotée font partie du quotidien dans de nombreux foyers israéliens d’origine marocaine. Le couscous du vendredi soir est un rituel familial dans des centaines de milliers de familles.
Où goûter : Mahané Yehuda à Jérusalem pour les pâtisseries nord-africaines ; marché Levinsky à Tel Aviv pour les épices importées et les conserves artisanales.
La cuisine irakienne (Mizrahi)
Les Juifs d’Irak — la plus grande communauté juive du Moyen-Orient au XIXe siècle — ont apporté le kubbeh (boulettes farcies de semoule ou de boulgour, cuites dans des bouillons acidulés de betterave ou de tomate), l’amba (condiment à la mangue fermentée, aujourd’hui incontournable dans les sabich et falafels) et une tradition de cuisine en casserole lente qui influence profondément les restaurants de quartier israéliens.
Où goûter : Restaurant Azura à Jérusalem (Mahané Yehuda) pour la cuisine irakienne-levantine servie directement depuis les grandes casseroles.
La cuisine persane (iranienne)
Les Juifs d’Iran ont apporté les limes séchées (loomi), le riz au safran avec une croûte dorée (tahdig), et les herbes fraîches en quantités qui surprennent les palais européens — les salades d’herbes (sabzi khordan) composées de menthe, de ciboulette, de basilic et de fenugrec servies à table en début de repas. L’utilisation de la grenade et des noix dans les plats salés vient également de cette tradition.
Les marchés : où l’histoire se mange
Mahané Yehuda, Jérusalem
Le marché de Mahané Yehuda — le « shuk » — est le lieu le plus dense pour comprendre le patrimoine culinaire israélien en une matinée. Les étals se succèdent par couches : épiceries de quartier qui vendent des épices importées et des conserves maison, boulangers qui pétrissent à vue, restaurants de poche où l’on mange debout. Voir notre guide du marché Mahané Yehuda pour une visite détaillée.
Le marché du Carmel, Tel Aviv
Plus décontracté et plus axé sur le street food que Mahané Yehuda, le Carmel Market est excellent pour le sabich (aubergine frite, œuf dur et amba en pita), le falafel préparé à la minute et les jus de fruits frais. Notre guide du marché du Carmel couvre les meilleures adresses.
Le marché aux épices Levinsky, Tel Aviv
Moins connu des touristes, le marché Levinsky dans le quartier Florentin est la destination de référence pour les épices importées, les fromages et charcuteries de certaines communautés, et les produits alimentaires que les familles diasporiques ont longtemps importé de leurs pays d’origine. C’est là que la diversité des traditions culinaires est la plus visible dans un seul espace physique.
Base : Tel Aviv est la meilleure base pour un séjour gastronomique — densité maximale de restaurants, marchés, et la scène culinaire la plus innovante. Voir notre guide de la gastronomie de Tel Aviv.
Jérusalem : Le marché Mahané Yehuda et ses restaurants adjacents forment le cœur gastronomique de Jérusalem. Voir notre guide de la gastronomie de Jérusalem.
Galilée : La cuisine arabe-israélienne de Nazareth et les restaurants de la Haute-Galilée offrent une autre dimension du paysage culinaire. Voir notre guide de la gastronomie de Galilée.
Cours de cuisine : Les options les mieux notées combinent une visite de marché avec une session de cuisine de 2 à 3 heures. Les agences les mieux notées sur GetYourGuide et Abraham Tours proposent des formats en anglais et, pour certains, sur demande en français.
Végétariens et vegans : Tel Aviv est l’une des villes les plus vegan-friendly du monde. Notre guide vegan et végétarien en Israël couvre les meilleures options dans toutes les villes.